Concarneau - Saint-Barth départ 22 avril 2018
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26/04 - 19h03

Thierry Chabagny, Erwan Tabarly : la grande interview

Ils venaient chercher la victoire, ils l'ont arrachée. « On l'a fait mec ! » a lâché Thierry à Erwan au moment de couper la ligne d'arrivée devant Gustavia. Le tandem gagnant de Gedimat s'est livré sur l'incroyable bataille qui s'est déroulée durant 22 jours entre Concarneau et Saint-Barthélemy. Ils nous ont raconté leurs doutes sur les décalages choisis, les hauts et les bas, le grand respect mutuel qu'ils se portent, le plaisir de naviguer ensemble, l'immense pression difficile à surmonter sur les 5 derniers jours, l'incroyable dernière nuit…

Les mots échangés en franchissant la ligne


Thierry : « J'ai dit à Erwan : on l'a fait mec ! J'étais dans un état ! On en a rêvé de cette histoire. On démâte il y a deux ans, là, on remet le couvert et on gagne. Dans une carrière de coureur au large, les victoires sont suffisamment rares pour en profiter vraiment. »

Erwan : « Ce sont des émotions qu'on n'a pas souvent. J'avais connu ça avec mon arrivée victorieuse sur la transat en solitaire. Hier, aussi, j'étais euphorique. C'est du bonheur.  Tous les deux, on venait la chercher. On a le sentiment du travail accompli. »

Une victoire de la maîtrise et de l'expérience

Erwan : « On s'est bien entrainés cet hiver. On a vite vu par rapport aux adversaires qu'on n'était pas encore has been. On partait avec de la confiance même si on n'a pas toujours été sereins dans tous nos choix. Peut-être que sur la cartographie, on a fait une belle trajectoire. Mais on a aussi été dans le doute, on a fait des mauvais coups. Mais au final, on a toujours su se reprendre. La veille de l'arrivée, on a eu une baisse de moral avec Agir Recouvrement qui était en train de nous doubler. On s'est dit qu'on allait finir 2e, une fois de plus. Les victoires sont très dures à décrocher et pour nous, ça ne s'est jamais fait dans la facilité. C'est toujours un peu besogneux chez nous, c'est un peu notre marque de fabrique. »

Thierry : « On dit souvent que les victoires se construisent dans la défaite. J'ai souvent été un poursuivant dans ma carrière. J'ai aussi gagné des courses, heureusement. Mais à chaque fois, on travaille sur le pourquoi du comment. Ensuite, lorsqu'on se retrouve en position de gagner, on reste très serein. On s'enflamme moins. On reste concentré sur la façon d'y arriver et pas sur l'objectif. Ça veut dire continuer à faire marcher son bateau, continuer à réfléchir et à se reposer. Sur les 24 dernières heures, dans la pétole, plutôt que d'être au taquet tous les deux sur le pont, on est restés sur notre rythme de transat. Du coup, on est restés la tête sur les épaules pour faire les bons choix jusqu'au bout et ne pas partir dans des délires. Ça nous a servi sur la phase de match racing avec Agir qui a essayé de nous envoyer dans le décor pour nous faire craquer. »

Erwan : « Ça ne s'est joué à rien. C'est impressionnant de voir qu'au bout de 3 semaines de course, sur un empannage à un quart d'heure près, la victoire peut t'échapper. Il faut être lucide jusqu'au bout et ne jamais se relâcher. »

Les moments clés avant la dernière nuit de tous les dangers

Erwan : « La traversée du golfe de Gascogne ! Il fallait être dans le peloton de tête au cap Finisterre. Ceux qui n'ont pas réussi à être devant à ce moment-là, sont restés derrière jusqu'à l'arrivée. On pouvait perdre la course au bout de deux jours. Ensuite, tout s'est joué dans un grand couloir au sud de l'anticyclone à caler des petits empannages pour essayer de trouver plus de pression. »

Thierry : «Ensuite, il y a eu notre décalage dans le sud à une semaine de l'arrivée. C'est sans doute là que ça s'est décidé. On avait la confiance en nous. On se disait qu'il fallait être à l'attaque et que ça ne se gagnerait pas dans la facilité. Ce petit coup au sud nous a remis dans le match pour le sprint final.

L'incroyable régate à 5 bateaux, la gestion de la pression

Thierry : « On était dans l'idée de bien partir. On sait que certaines transats se jouent dans les 24 premières heures. Il était hors de question de rater le début de course car on se doutait que la gagne allait se jouer dans les 5/6 bateaux favoris, tous entraînés, préparés, motivés. Après ça s'est joué à pas grand-chose. Dans le haut niveau, ça se joue toujours sur des petites choses, des petites prises de risques, à quel endroit tu vas mettre le curseur, ta motivation et ton état d'esprit au moment où tu vas chercher une option. C'est une très belle victoire car elle s'est jouée à très peu de choses.Aucun choix n'a été fait à la légère.  On a vraiment été très studieux sur la prise d'information, les fichiers météo et le comportement de nos adversaires (cap et vitesse). »

Erwan : « Cette bagarre au contact, c'est incroyable. On n'en revenait pas d'être aussi serrés. La course avançait, mais personne ne se détachait. Heureusement qu'on s'est partagés le leadership pour ne pas avoir trop de pression. Passer plusieurs jours en tête avec les bateaux très proches, ça met une pression de dingue. Le fait d'avoir perdu le leadership la veille de l'arrivée, finalement, ça nous a détendus. On n'a pas eu cette panique qui parfois peut pousser à faire n'importe quoi. La tension était quand même là jusqu'au bout. C'est ce que je retiens vraiment sur cette épreuve, la pression des 5 derniers jours. On n'a pas forcément l'habitude de gérer ça aussi longtemps. »

Thierry : « On a ce trait de caractère en commun avec Erwan. On ne montre pas nos émotions. Mais on se connaît bien. On arrive à détecter les signes. On sait quand l'autre commence à monter en pression, ou à être fatigué. Ça permet de réinjecter de la motivation, de l'énergie si l'autre est en baisse de régime. Ce qui n'a pas été le cas souvent, parce qu'on était au taquet tout le temps. Cela dit, il y a eu un moment où on a presque fait le deuil de la victoire, la dernière nuit… avec Agir qui revenait. On s'est dit c'est foutu, on ne peut rien faire. On a continué à faire marcher sans vraiment y croire. On a quand même continué à garder le rythme sans trop se mettre de pression. On aurait pu être accroché à la barre, ne pas manger, ne pas dormir mais ça c'est un mauvais calcul à long terme. Erwan est même allé dormir. Là, c'est l'expérience qui a parlé. On s'est souvent cramés sur des fins de Solitaire du Figaro, on a souvent raté des arrivées à cause de trop de fatigue. Ça n'a pas été le cas cette fois. Là, on a bien géré l'émotionnel alors que le jeu d'Agir Recouvrement était de nous faire craquer. »

Le tandem idéal

Thierry : « On n'était pas deux. On était 1+1 =3. Il y a avait toujours une discussion constructive sur la stratégie. L'un de nous deux faisait l'analyse, proposait un choix et l'autre se faisait l'avocat du diable pour obliger le premier à se justifier, à argumenter. On faisait avancer le schmilblick comme ça. De ce fait, on s'est rarement trompés sur nos choix de trajectoire. Notre duo était déjà éprouvé puisqu'on avait fait cette transat il y a deux ans. Ça s'était mal terminé (démâtage). Mais on savait que ça fonctionnait. La première semaine de course et les 5 jours de spi dans la baston ont été un test. Avec Erwan, on a des atomes crochus, on est contents de naviguer ensemble, on y prend du plaisir. On partage souvent des activités ensemble le week-end pendant l'année (kite à foil notamment).  Cet hiver, on a fait 5 jours de montagne à Chamonix. C'est une sorte de rituel entre nous.  Lors de nos premières glissades en ski dans la poudreuse, Erwan me disait : la transat, elle commence là, maintenant. C'est là que ça se gagne ! »

Pas d'énervement à bord ?

Thierry : « J'ai vu Erwan s'énerver deux fois seulement à la table à carte, à cause des fichiers météo qu'il avait du mal à charger. Moi, je m'énerve intérieurement  mais je n'ai pas envie de polluer Erwan avec mes sentiments personnels. C'est important. Parce que tu peux partir dans une spirale négative. En solo, je gueule plus, je m'insulte, je me tape. Mais quand tu es en double, il faut respecter l'autre ! »

Au-delà du sport, le voyage

Thierry : « C'est ma plus belle transat en terme de « tourisme ». Les Canaries, c'était super beau, on a fait des gybes incroyables dans la brise. On est passés au ras de Fuerteventura, un endroit mythique pour les gens de notre génération. C'est là d'où vient le funboarder Bjorn Dunkerbeck, le seul à avoir réussi à détrôner Robby Naish. Ensuite, il y a eu Darla dans le sud du Maroc. On a vu les ailes de kite voler derrière les dunes ! On était en match-race avec Agir et en même temps, on était accrochés aux jumelles… C'était une des plus belles journées de cette transat. On regardait les kites, on voyait les motos le long de la côte, les mecs s'arrêtaient en 4X4 pour nous regarder. Enfin, il y a eu le cap Vert, et le passage de Fogo, cette très haute montagne volcanique, qui provoque parfois d'énormes dévents. »

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Temps de course
  • Saint-Barth
    07:26
  • Concarneau
    13:26
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